Lettre n°9 – Retrouver une photo

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RETROUVER UNE PHOTO

par Philippe Goulliaud,
Journaliste

En septembre 1966, à Tahiti, Yvonne de Gaulle, avec une robe, un chapeau et des gants, arrivant sur un quai de débarcadère, en présence de trois jeunes tahitiens en paréo avec des couronnes de fleurs.

Yvonne de Gaulle, sous le soleil du Pacifique

C’est une photo inattendue. Le 7 septembre 1966, sur un quai du port de Papeete, Yvonne de Gaulle est accueillie par de jeunes Tahitiens, torse nu, en paréo rouge et blanc, la tête ceinte d’une couronne de fleurs. Le contraste est saisissant avec l’épouse du président de la République. Souriante, vêtue d’une robe gris bleu, portant un collier de perles autour du cou, un chapeau gris à large bord et des gants coordonnés, elle observe cette scène avec son indéfectible dignité et sa réserve d’épouse de militaire.

L’image a un petit côté carte postale, souvenir d’un voyage aux antipodes sous le soleil. On pense à la beauté des paysages polynésiens de Tahiti et des îles, Bora Bora, Huahine, les Marquises, aux lumières, aux couleurs, aux senteurs, à la musique et aux danses traditionnelles, à la chaleur de l’accueil des Polynésiens. Mais en réalité, la légèreté et la grâce de ce cliché ne peuvent masquer le caractère particulièrement sensible de cette visite présidentielle en Polynésie française.

Charles et Yvonne de Gaulle effectuent alors un voyage de trois semaines autour du monde qui les a conduits à Djibouti, en Ethiopie où les a reçus le Négus, l’empereur Haïlé Selassié, au Vietnam, au Cambodge où le Général a prononcé l’historique discours de Phom Penh dans lequel il condamne l’intervention militaire des États-Unis au Vietnam, en Nouvelle-Calédonie, aux Nouvelles-Hébrides, l’actuel Vanuatu, et enfin en Polynésie.

Le Général de Gaulle veut remercier les Polynésiens qui ont consenti le sacrifice d’accueillir sur leur territoire le Centre d’expérimentation du Pacifique, instrument essentiel de la politique de grandeur et d’indépendance de la France à travers la dissuasion nucléaire. A la mairie de Papeete, le président évoque les « compensations » que la Polynésie a reçues et continuera à recevoir. « Le développement qui accompagne cette organisation du Centre est éclatant. Ce qui doit suivre ne le sera pas moins », promet-il.

Le 11 septembre 1966, au large de l’atoll de Mururoa, le Général déclenche une explosion atomique, désignée sous le nom de code « Bételgeuse. A bord du croiseur « De Grasse » spécialement équipé pour évoluer dans les zones radioactives, le chef de l’Etat et ses ministres, Pierre Messmer (Armées), Alain Peyrefitte (Recherche scientifique) et Pierre Billotte (Départements et territoires d’Outremer), ont revêtu une combinaison anti-radiations. Pour ne pas être aveuglé, personne ne regarde l’explosion nucléaire en face mais tous entendent la détonation et ressentent la chaleur propagée.

En apprenant le succès de cet essai, de Gaulle se réjouit. « Mururoa, ça veut dire l’invulnérabilité, donc la paix », observe-t-il, dans des propos rapportés par Peyrefitte.

Après un moratoire des essais nucléaires dans le Pacifique, décrété par le président François Mitterrand en 1992, son successeur Jacques Chirac décide de mener à bien une ultime campagne de six tirs afin de permettre de passer à la simulation. Le tout dernier a lieu le 27 janvier 1996 sur le site de Fangataufa.

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