Lettre n°15 – Retrouver une photo

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RETROUVER UNE PHOTO

par Philippe Goulliaud,
Journaliste

« La France n’a pas perdu la guerre »

Ce sont deux actes fondateurs de la France libre et de la Résistance. Deux textes dans lesquels le général de Gaulle appelle les Français à poursuivre le combat contre l’Allemagne hitlérienne.

Le premier, c’est bien entendu l’Appel du 18 juin 1940, lancé sur les ondes de la BBC, avec le soutien du Premier ministre britannique Winston Churchill, par le Général, arrivé la veille à Londres après la chute du gouvernement de Paul Reynaud auquel il appartenait. Le pouvoir est désormais entre les mains du héros de Verdun, le maréchal Philippe Pétain, promoteur de l’armistice et, bientôt, de la collaboration.

Le second texte, avec lequel on confond souvent l’Appel du 18 juin, est celui de l’affiche « A tous les Français », placardée sur les murs de Londres et des grandes villes britanniques les 3 et 4 août 1940, comme le relate le journal The Times daté du 5 août.

Dans l’Appel du 18 juin, de Gaulle refuse la défaite de la France.  « Cette guerre est une guerre mondiale », affirme-t-il, et ne saurait se résumer à la désastreuse Bataille de France ayant consacré la victoire des Allemands. Le Général appelle à poursuivre le combat en s’appuyant sur l’empire colonial, sur le Royaume-Uni et sur les Etats-Unis. « La France n’est pas seule ! Elle n’est pas seule ! Elle n’est pas seule ! », martèle-t-il en invitant les militaires, ingénieurs et ouvriers français spécialistes de l’armement à le rejoindre.

« Quoi qu’il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s’éteindre et ne s’éteindra pas », lance-t-il.

L’Appel du 18 juin n’a pas été enregistré et très peu de gens l’ont alors entendu. Pourtant, malgré la faible notoriété de Charles de Gaulle, éphémère sous-secrétaire d’Etat à la Guerre du 6 au 16 juin 1940, sa portée historique a été considérable. Il marque le début de l’œuvre de libération de la France.

La tonalité est la même, quelques semaines plus tard dans l’affiche « A tous les Français », également dénommée « l’Appel aux armes », dont le manuscrit original est exposé au musée de l’Ordre de la Libération. Portant la signature de Charles de Gaulle et l’adresse du Quartier général dans lequel il s’est installé, 4, Carlton Gardens, à Londres, surmonté de deux drapeaux tricolores entrecroisés et comprenant en encadré le texte en anglais, ce matériel de propagande et de mobilisation vise prioritairement les Français vivant en territoire britannique pour les encourager à s’engager dans la France libre.

Le premier tirage de 1000 exemplaires a été réalisé par un artisan imprimeur londonien, Achille Olivier Fallek, résidant au 24, Seawell Road, qui a raconté plus tard la visite de De Gaulle : « Les deux coudes appuyés sur le marbre, il a relu son texte avec une extraordinaire attention. Il a demandé qu’on force un peu les caractères du titre. Il avait l’air si grave et en même temps si calme. » Deux tirages, plus importants, seront ensuite effectués par d’autres imprimeurs.

« La France a perdu une bataille ! Mais la France n’a pas perdu la guerre ! », proclame de Gaulle dans une formule passée à la postérité et qui ne figure pas dans l’Appel du 18 juin. « Des gouvernements de rencontre ont pu capituler, cédant à la panique, oubliant l’honneur, livrant le pays à la servitude », ajoute le Général.

Son ton est ici plus sévère envers le gouvernement français que le 18 juin. De Gaulle, sans vraiment y croire, semblait alors laisser la porte ouverte à un ressaisissement. « J’avais le devoir, écrit-il dans ses « Mémoires de guerre », de vérifier qu’aucune autorité plus qualifiée que la mienne ne voudrait s’offrir à remettre la France et l’empire dans la lutte. Tant que l’armistice ne serait pas en vigueur, on pouvait imaginer, quoi que contre toute vraisemblance, que le gouvernement de Bordeaux choisirait finalement la guerre. »

Mais depuis, le gouvernement Pétain a signé l’armistice le 22 juin en forêt de Compiègne. Installé à Vichy depuis le 1er juillet, il a mis fin à la IIIe République, remplacée par l’Etat français. Aux yeux des Anglais, le général de Gaulle incarne désormais la Résistance française.

Philippe Goulliaud

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