Lettre n°15 – La Résistance, de la mémoire à l’histoire

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La Résistance, de la mémoire à l’histoire

Le temps des témoins : l’impératif mémoriel

Les premières années après la guerre sont consacrées à la collecte des témoignages pour pérenniser une mémoire que l’on estimait d’autant plus fragile qu’elle portait sur des faits clandestins. L’État, considérant l’importance de l’enjeu, créa dès octobre 1944 la Commission d’Histoire de l’Occupation et de la Libération de la France, ainsi que le Comité d’histoire de la guerre, en juin 1945, ce dernier étant placé auprès de la présidence du GPRF. Les deux organismes fusionnèrent en décembre 1951 pour former le Comité d’histoire de la Deuxième Guerre mondiale (CH2GM). Le premier président de son comité de direction, nommé par le président du Conseil, était le cofondateur des Annales, Lucien Febvre, tandis que son secrétaire général était Henri Michel.

Son objectif prioritaire était de recueillir les témoignages des acteurs de la Résistance, pendant que leurs souvenirs étaient encore frais. Il s’agissait donc de collationner un matériau qui servirait à écrire l’histoire de la Résistance.

Henri Michel constitua alors à travers toute la France et dans ses colonies un réseau de correspondants départementaux chargés de retrouver des témoins aux connaissances forcément partielles, de par la nature-même de leurs activités clandestines et du cloisonnement qu’elles nécessitaient.

Parallèlement, un nombre important de résistants publièrent leurs souvenirs, parmi lesquels Emmanuel d’Astier (Avant que le rideau ne tombe), Pierre de Bénouville (Le Sacrifice du matin) ou encore le colonel Rémy (Mémoires d’un agent secret de la France libre, juin 1940-juin 1942), autant d’acteurs mués en témoins.

Le temps des historiens : du discours commémoratif à la recherche scientifique

Avec le début des années 1950, le temps des historiens succéda à celui des témoins. Jusqu’en 1975, l’historiographie de la Résistance fit la part belle à l’étude de ses organismes centraux, de ses grands mouvements et de ses principaux réseaux et maquis. Bien que lacunaire, la production historique sur la Résistance était prolixe. Elle prit une dimension de plus en plus scientifique au milieu des années 1970, les historiens replaçant désormais la Résistance dans le contexte plus global de la France occupée et dans celle de Vichy (Resistance in Vichy France du Britannique Roderick Kedward, 1978) et étant désormais plus sensibles aux aspects sociaux, politiques (Le PCF dans la guerre de Stéphane Courtois, 1980, Les socialistes sous l’Occupation de Marc Sadoun, 1982), et culturels voire spirituels (travaux de Renée Bédarida sur Témoignage chrétien) de la Résistance que l’on étudiait également à l’échelle régionale pour en cerner toutes les dimensions (thèse de Pierre Laborie sur le Lot). Grandes oubliées jusqu’alors, les femmes résistantes firent l’objet d’un colloque en 1975, et d’un ouvrage publié par la journaliste Ania Francos (Il était des femmes dans la résistance, 1978). Enfin, citons la synthèse de Jean-PierreAzéma intitulée De Munich à la Libération (1938-1944) qui fit date, en 1979.

En 1980, le CH2GM fut remplacé par l’Institut d’histoire du temps présent (IHTP) qui ne dépendait plus du pouvoir exécutif, contrairement à son prédécesseur. La volonté de produire une histoire pleinement problématique, et non plus seulement commémorative, allait de pair avec une historiographie qui prenait à bras le corps la question des heures sombres de la France et du « syndrome de Vichy » (Henry Rousso), dans la lignée des travaux novateurs de l’Américain Paxton (La France de Vichy : 1940-1944, traduit en français en 1973).

Dans les années 1990, et alors que les travaux scientifiques s’étaient un moment tournés davantage vers l’histoire de Vichy, on constate la volonté de renouveler l’historiographie de la Résistance grâce au dépouillement de nouvelles archives, le but étant, pour reprendre les mots de Robert Frank, d’examiner la Résistance « vue d’en bas ».

Entre 1993 et 1996, une série de six colloques est organisée dans six villes différentes. Il s’agit de se lancer dans une analyse historique des rapports entre les résistants et la société française et de faire une histoire à la fois politique et sociale de la Résistance pour examiner le phénomène résistant d’un point de vue anthropologique. Dans cette perspective, l’ouvrage de Pierre Laborie sur L’opinion française sous Vichy (1990) s’essayait à l’étude des représentations et des perceptions. Les monographies régionales de François Marcot (La Résistance dans le Jura, 1985) et de Jean-Marie Guillon (La Résistance dans le Var, thèse soutenue en 1989) soulignaient quant à elles l’importance du poids du politique et insistaient sur la période trop souvent négligée des débuts et des pionniers. Dans son dernier ouvrage, Alias Caracalla (2009), Daniel Cordier, acteur mué en témoin puis en historien, insiste d’ailleurs lui aussi sur cette notion de « pionnier » et sur la représentation que les premiers résistants se faisaient d’eux-mêmes. Dans son essai d’historiographie intitulé La Résistance française, une histoire périlleuse (2005), Laurent Douzou étudie une historiographie secrétée, selon lui, autant par la mémoire que par l’Histoire. Enfin, publié en 2006 sous la direction de François Marcot, le Dictionnaire historique de la Résistance synthétise le renouvellement historiographique des dernières années, permis entre autres par l’ouverture depuis une quinzaine d’années des archives aussi bien en France qu’à l’étranger, notamment dans l’ancien bloc de l’Est. L’écriture de l’histoire de la Résistance, en perpétuel mouvement, est ainsi devenue elle-même un sujet d’étude, comme le montrait, en 2008, la tenue d’un colloque organisé par la Fondation de la Résistance et l’IEP de Lyon et intitulé Faire l’histoire de la Résistance. Cependant, dans sa synthèse intitulée Les Français libres. L’autre Résistance (2009), J.-F. Muracciole regrette le décalage entre l’abondant renouvellement historiographique dont a bénéficié la Résistance intérieure clandestine, et « les immenses zones d’ombre de l’histoire de la France libre ou du Comité français de Libération nationale », tout en notant, pour s’en féliciter, une « amorce récente de rééquilibrage ». On le voit, l’historiographie de la Résistance reste donc foisonnante.

Baptiste Léon, avec la relecture amicale et attentive de Jean-Louis Crémieux-Brilhac, dossier pédagogique réalisé pour le 70e anniversaire de l’Appel du 18 juin 1940, 2010.

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