Lettre n°13 – Comment je suis devenue gaulliste

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COMMENT JE SUIS DEVENUE GAULLISTE…
par Marie-Thérèse Suart-Fioravente

 

Je suis née en Corse, dans une famille de montagnards où parents, grands-parents et arrière-grands- parents évoquaient, leur épopée, leurs souvenirs de guerre…

14-18 : le départ en chantant pour rejoindre la zone de combat …à pied, en train puis, en bateau ; les femmes aux champs, avec les enfants en bas âge, pour survivre ; des familles décimées…Comme les livres et les images nous le rapportent.    

Puis 39 : l’occupation des Italiens; quelques nuits passées dans les geôles de la gendarmerie pour ne pas avoir présenté le laissez-passer… mais aussi  la bienveillance des gendarmes confrontés à une situation ubuesque car  la gendarmerie  appartenait à la famille; les femmes du village invitées à faire cuire leur pain dans le four du  jardin – four qu’on a toujours veillé à garder en bon état  (on ne sait jamais …!); les soirées dans le grenier, toutes lumières éteintes pour écouter Radio Londres à très bas volume, afin d’échapper aux  représailles…  la TSF d’époque trône encore aujourd’hui sur une étagère; la messe du dimanche  qui donne  l’occasion de chanter à tue-tête une des strophes modifiée du cantique pour dire toute sa révolte …  et enfin la Libération de la Corse, une famille de résistants du village qui échappe ainsi à la mort, le drapeau confectionné dans l’urgence,  la venue du général de Gaulle en octobre 43 … mon arrière grand-mère,  les larmes aux yeux me racontait l’évènement, elle qui était née la même année que “LE GÉNÉRAL” …!

C’est cette ambiance faite d’Amour de son Pays, de Respect, de Responsabilité et de Solidarité dans laquelle j’ai grandi, qui a sans aucun doute forgé mon intérêt pour la chose publique et pour l’intérêt général.

Dès mon adolescence et grâce à la « complicité » du grand gaulliste qu’était Pierre Pasquini devenu maire de l’Ile Rousse où je vivais, je participais aux réunions du conseil municipal et aux différentes actions de la ville avec l’espoir de pouvoir un jour faire encore plus … quand je serai grande … ! En 68, nous étions loin des barricades mais plus aucun bateau n’arrivait dans les ports de l’île … nous étions coupés du monde ! Je me souviens aussi des heures pendant lesquelles la France avait perdu le Général … l’inquiétude était à son comble … Et puis enfin 1969, le référendum, la démission et la tristesse familiale !

Arrivée à Nice pour y faire mes études de droit, je m’interrogeais sur ce que devrait être mon engagement politique… l’environnement dans lequel j’avais baigné me permettait-il de regarder les choses avec assez de neutralité ? Autonomisme corse, UJP… : quelle voie prendre ? Au moment de voter, serais-je capable de décider librement et avec intelligence ?  Les cours de droit constitutionnel, d’histoire des institutions, des idées politiques pourront-ils m’aider à y voir clair ?  J’en formais le vœu !

Dans le cadre d’un de ces enseignements, j’eus à faire une étude sur le thème de “la participation dans la pensée gaulliste”. Ce fut pour moi une découverte mais aussi une révélation… une “troisième voie” qui refusait “la lutte des classes” et qui permettraient” aux Hommes quel que soit leur rôle dans l’entreprise, … “d’associer leurs intérêts leurs capacités, leur bonne volonté ». Le général de Gaulle avait fait adopter en 1967, l’ordonnance sur la participation des salariés aux fruits de l’entreprise mais trouvait cela encore insuffisant comme il l’exprima lors d’un de ces célèbres entretiens avec Michel Droit le 7 Juin 1968(*), il déclarait :  “Elle (la participation) change la condition de l’homme au milieu de la civilisation moderne. Dès lors que des gens se mettent ensemble pour réaliser une œuvre économique commune, en apportant, qui les capitaux nécessaires, qui les compétences de direction, de gestion et de technique, qui le travail, ils forment une société dans laquelle chacun doit être intéressé tant au fonctionnement qu’à la rentabilité, donc aux profits. Cela implique que soit attribuée, de par la loi, la juste part à chacun.”

Avec son retrait des affaires, le projet de transformation sociale est abandonné ! Seuls l’épargne salariale et l’intéressement aux résultats de l’entreprise sont aujourd’hui devenus réalité. Je crains d’ailleurs que le nombre de personnes connaissant la genèse de l’Histoire soit bien infime !

Un espoir est récemment apparu avec la notion de “raison d’être” consacrée par le rapport Notat – Senard en 2018.  Faisant le constat que “le court-termisme et la financiarisation pèsent sur la vie de l’entreprise”, les rapporteurs ont défini la raison d’être “comme ce qui est indispensable pour remplir l’objet social, c’est-à-dire le champ des activités de l’entreprise. Elle est à l’entreprise ce que l’affectio societatis, bien connu des juristes, est aux associés : une volonté réelle et partagée.” … la raison d’être fournira à la plupart des conseils d’administration un guide pour les décisions importantes, un contrepoint utile au critère financier de court-terme, qui ne peut servir de boussole”.

La notion figure désormais dans la loi relative à la croissance et la transformation des entreprises, dite loi Pacte du 23 mai 2019 qui donne la possibilité aux entreprises d’inscrire dans ses statuts la « raison d’être », traduisant ainsi « une volonté politique de faire émerger des préoccupations qui ne soient pas seulement financières et à court terme ». Il reste toutefois encore beaucoup à faire, à lui donner vie, à la nourrir !

Pour Antoine Frérot, président de l’Institut de l’entreprise et président directeur général de Veolia, fervent défenseur de la raison d’être : « L’entreprise, c’est bien plus que la sempiternelle dialectique, depuis un siècle, entre le capital et le travail. C’est un projet collectif, une aventure humaine ». Il ajoutait le 7 mai dernier devant les Sénateurs : “l’entreprise n’a pas un seul objectif mais plusieurs : elle doit non seulement maximiser le profit des actionnaires, mais aussi l’intérêt de ses clients, salariés et fournisseurs, ou encore des territoires, voire des générations futures – avec, naturellement, la nécessité d’arbitrer en permanence entre ces objectifs qui peuvent être parfois contradictoires…C’est parce qu’une entreprise est utile qu’elle est prospère, et pas l’inverse. Ensuite, il faut définir les mécanismes de fonctionnement et de gouvernance permettant de traduire cela concrètement et de mieux partager la richesse créée. Toutes les conséquences n’ont pas encore été tirées bien sûr, mais il me semble que l’un des enjeux majeurs sera la représentation de l’intérêt des différents acteurs ou parties prenantes au sein du conseil d’administration.”

On retrouve cinquante ans après, la nécessité d’une transformation sociale et l’on voit ressurgir les idées d’engagement, de responsabilité, d’association et de participation. Le Général aurait il eu raison trop tôt !?

En cette année « de Gaulle » traversée par des difficultés dont on ne mesure sans doute pas encore toute la portée, il y a une grande satisfaction pour la gaulliste que je suis, à pouvoir espérer la réalisation du grand dessein dans l’intérêt de la France et des Français.

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