Lettre d’information n°8 – Chronologie « De Gaulle dans la guerre » : septembre 1939-avril 1940

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Pour accompagner l’année 2020 où l’on commémore le 130e anniversaire de la naissance du général de Gaulle, le 80e anniversaire de l’Appel du 18 juin et le 50e anniversaire de la mort du général de Gaulle, nous publions une chronologie de la France en guerre et de l’action du général de Gaulle.

LA FRANCE EN GUERRE

CHRONOLOGIE DE SEPTEMBRE 1939 À AVRIL 1940

Septembre 1939

1er septembre

  • A 4h45, la Wehrmacht pénètre en Pologne sans déclaration de guerre. Le gouvernement polonais demande une intervention britannique et française en vertu des traités d’assistance mutuelle.
  • En France, le Conseil des ministres décrète la mobilisation générale.
  • En Grande-Bretagne, la Chambre des Communes vote les crédits de guerre.
  • En Italie, décision du Grand Conseil Fasciste déclarant la non-belligérance de l’Italie.

2 septembre 1939

  • En France, message du Président Lebrun au Parlement : « Avec un grand calme, une froide résolution et un ordre parfait, la France a pris les dispositions que commandent sa sécurité et la fidélité à ses engagements. Par-delà les destins de la patrie, c’est la liberté du monde et l’avenir de la civilisation qui sont en jeu… ».
  • Le colonel de Gaulle est à Wangenbourg. Il est nommé commandement par intérim des chars de la Ve Armée dans la région Lorraine-Alsace.

3 septembre

  • Ultimatum du Royaume-Uni, puis de la France, remis à von Ribbentrop, conditionnant la paix au retrait des troupes allemandes de Pologne. N’obtenant pas de réponse, la Grande-Bretagne et la France sont de fait en état de guerre avec l’Allemagne.
  • La Grande-Bretagne, à 11 heures, et la France, à 17 heures, déclarent la guerre à l’Allemagne. C’es le début de la « drôle de guerre » qui prendra fin le 10 mai 1940 par l’invasion allemande des Pays-Bas, de la Belgique, du Luxembourg et de la France.
  • En Grande-Bretagne, Chamberlain forme un cabinet de guerre auquel participent Winston Churchill comme Premier Lord de l’Amirauté et Anthony Eden, comme secrétaire pour les dominions.
  • En France, appel à la nation française d’Edouard Daladier, président du Conseil : « La responsabilité du sang répandu retombe entièrement sur le gouvernement hitlérien. Le sort de la paix était dans les mains d’Hitler. Il a voulu la guerre. A France et l’Angleterre ont multiplié leurs efforts pour sauver la paix… L’Allemagne veut la destruction de la Pologne afin de pouvoir assurer avec rapidité sa domination sur l’Europe et asservir la France… La cause de la France se confond avec celle de la justice. Elle est celle de toutes les nations pacifiques et libres. Elle sera victorieuse ».
  • L’Inde, l’Australie et la Nouvelle-Zélande déclarent la guerre à l’Allemagne.

4 septembre

  • Le Népal déclare la guerre à l’Allemagne.

5 septembre

  • Les Etats-Unis proclament leur neutralité dans la guerre européenne.

6 septembre

  • En Afrique du Sud, le gouvernement du Premier ministre Jan Christian Smuts déclare la guerre à l’Allemagne.

7 septembre 

  • Sur le front de l’Ouest, offensive française dans la Sarre. Premiers combats aériens.

8 septembre

Lettre du colonel de Gaulle à Marie-Agnès et Alfred Cailliau :

« Ma bien chère Marie-Agnès,

Mon bien cher Alfred,

Je suis de tout cœur avec votre cœur de maman et de papa au moment où commence cette guerre.

Dites-moi, quand vous le saurez, où sont les vôtres : formation, secteur postal ? Il est possible que je rencontre tel ou tel et que je sois en mesure de faire quelque chose pour lui.

J’ai vu Charles le 1er septembre au cantonnement. Il a failli être sous mes ordres, mais on m’a fait partir ce jour-là même pour commander ls chars de l’armée d’Alsace.

Au revoir mes chers sœur et frère.

Je vous embrasse tendrement. Ecrivez souvent à Yvonne pour la distraire et l’encourager. Elle est bien seule et bien soucieuse, d’autant plus que, comme vous savez, elle ne s’extériorise pas.

Ne perdez pas de vue mes enfants. Mille choses aux chers vôtres.

Votre frère très affectionné.

Charles de Gaulle »

9 septembre

  • Le Canada déclare la guerre à l’Allemagne.
  • Les troupes françaises pénètrent en Sarre.

12 septembre

  • Première réunion du Conseil suprême de guerre franco-britannique à Abbeville.
  • Débarquement du corps expéditionnaire britannique en France.
  • Arrêt de l’offensive française au-delà de la frontière.

13 septembre

  • En France, le Premier ministre, Edouard Daladier, forme un cabinet de guerre : Il se réserve les portefeuilles des Affaires étrangères, de la Guerre et de la Défense nationale. L’ancien ministre des Affaires étrangères, Georges Bonnet est nommé ministre de la Justice. Raoul Dautry est nommé ministre de l’Armement.

17 septembre

  • L’Armée Rouge pénètre en Pologne. Depuis le 14 septembre, l’armée allemande encercle Varsovie.

18 septembre

  • Le quotidien soviétique Izvetsia publie les accords secrets du pacte Molotov-Ribbentrop relatifs au partage de la Pologne.

19 septembre

  • Entrée d’Hitler à Dantzig.

26 septembre

  • En France, le gouvernement décrète la dissolution du parti communiste et de ses organisations.

27 septembre

  • Capitulation de Varsovie.

28 septembre

  • A Moscou, un « Traité de délimitation et d’amitié » est signé entre Molotov et von Ribbentrop consacrant le partage de la Pologne séparée par la ligne Curzon.

30 septembre

  • Installation en France d’un gouvernement polonais en exil dont le Premier ministre est le général Sikorski

Octobre 1939

6 octobre

  • Proposition de paix par Hitler qui est refusée le 12 par les Alliés.

8 octobre

  • Création des ghettos juifs en Pologne.

16 octobre

  • La Wehrmacht reprend la zone conquise par l’armée française en Sarre.

19 octobre

  • Le corps expéditionnaire britannique est définitivement installé en France.
  • Note du colonel de Gaulle, commandant des chars de la Ve Armée pour les officiers supérieurs :

« Le colonel commandant les chars de l’armée a constaté à plusieurs reprises que des chefs de bataillon de chars, au lieu de se tenir avec leur unité, fixaient leur poste de commandement auprès de l’autorité – souvent très éloignée –, qui aurait à les employer.

Cette manière de faire est inadmissible.

Les chefs de bataillon ne sont ni des officiers d’état-major ni des agents de liaison, mais des chefs. Ils ont le devoir de commander leur troupe dans toutes les circonstances et, par conséquent, de se trouver auprès d’elle. Ils marchent, stationnent et combattent avec leur bataillon.

Quand un bataillon de chars est mis à la disposition d’un échelon du commandement, le chef de bataillon se met e liaison avec cet échelon, lui fait des propositions, reçoit ses ordres, puis exécute sa mission à la tête de son bataillon, en laissant auprès du chef qui l’emploie un agent de liaison qualifié.

Quand, par malheur, son bataillon se trouve fractionné, le chef de bataillon se tient auprès de la fraction principale et, dans tous les cas, suit directement sur le terrain tout ce qui se passe concernant ses éléments, pour intervenir de sa personne dès qu’il y a lieu.

Les mêmes prescriptions s’appliquent, bien entendu, aux colonels commandant les groupes de bataillons quand les groupes de bataillons sont en cause.

Le fractionnement des formations de chars, qui est la plaie de notre arme, serait beaucoup moins fréquent et aurait moins d’inconvénients, si leurs chefs se trouvaient toujours à leur tête, au lieu de se borner au rôle vague et inefficace de conseillers techniques et de distributeurs d’unités. »

22 octobre

Lettre du colonel de Gaulle à Paul Reynaud :

« Monsieur le Ministre,

Voici, d’abord, les renseignements que vous voulez bien me demander.

Vous pouvez contracter un engagement au titre de votre arme, vous faire changer d’armes (du train aux chars), vous faire affecter à une formation des Armées et y recevoir emploi de votre grade, tout ceci sur simple décision du ministre de la Guerre (sauf la formalité : engagement qui s’accomplit, techniquement, à un bureau de Recrutement).

L’affectation que je me permettrais de vous conseiller serait la suivante : capitaine en surnombre au 1er bataillon de régiments de chars. En temps de guerre, il n’y a plus de régiments de chars. Ce sont les bataillons qui forment corps.

Le 1er bataillon est l’un de ceux qui sont sous mes ordres. Il me serait très facile, sans aucune formalité, de vous détacher à l’état-major du commandant des chars de la Ve Armée.

Cette armée (général Bourret, calme et compréhensif) est actuellement la plus importante. Son front va de la Sarre de Sarreguemines jusqu’au sud de Strasbourg. Le poste de commandement (où je me trouve moi-même le plus souvent) est Wanguebourg, au sud de Saverne.

Vous trouverez ici tous les éléments d’information pratique et théorique que vous pourriez désirer au sujet des chars, comme à d’autres sujets militaires.

Pour aborder, maintenant un ordre d’idées différent, quoique sans doute corrélatif au précédent, je me risquerai à vous donner mon opinion en ce qui concerne la conduite de cette guerre.

Notre système militaire a été bâti exclusivement en vue de la défensive. Si l’ennemi nous attaque demain, je suis convaincu que nous lui tiendrons tête. Mais s’il n’attaque pas, c’est l’impuissance quasi-totale.

Or, à mon avis, l’ennemi ne nous attaquera pas, de longtemps. Son intérêt est de laisser « cuire dans son jus » notre armée mobilisée et passive, en agissant ailleurs entre-temps. Puis, il nous jugera lassés, désorientés, mécontents de notre propre inertie, il prendra en dernier lieu l’offensive contre nous, avec, dans l’ordre moral et dans l’ordre matériel, de tout autres cartes que celles dont il dispose aujourd’hui.

Bien entendu, il se sera auparavant acharné à nous dégoûter des Anglais en évoquant le fait que dix Français sont au front pour un Britannique, et en faisant répéter par ses agents qu’il n’a aucun grief à l’égard de la France. Simultanément, il aura cherché à dégoûter de nous les Anglais en concentrant contre eux son effort de destruction aérien, naval et impérial.

A mon humble avis, il n’y a rien de plus urgent ni de plus nécessaire, que de galvaniser le peuple français au lieu de le bercer d’absurdes illusions de sécurité défensive. Il faut, dans les moindres délais possibles, nous mettre à même de faire une guerre « active » en nous dotant des seuls moyens qui valent pour cela : aviation, chars ultra-puissants organisés en grandes unités cuirassées. Mais, de qui attendre ct immense effort de rénovation ? C’est vous-même, peut-être, qui donnerez une réponse par le fait.

Je vous prie de bien vouloir agréer, Monsieur le Ministre, l’assurance de mon respectueux et fidèle dévouement

C. de Gaulle »

23 octobre 1939

  • Le colonel de Gaulle présente son unité de chars au président de la République Albert Lebrun à Goetzenbruck.

Novembre 1939

8 novembre

  • Attentat manqué contre Hitler à Munich.

17 novembre

  • Le Conseil suprême interallié adopte le plan Gamelin au cas où l’Allemagne violerait la neutralité belge.

30 novembre

  • En France, par 318 voix contre 175, la Chambre des députés vote le projet de loi accordant les pleins pouvoirs au gouvernement pendant la durée des hostilités.
  • L’Armée Rouge envahit la Finlande.

Décembre 1939

8 décembre

  • En France, allocution radiodiffusée d’Edouard Daladier, Président du Conseil : « Si les peuples s’abandonnaient, s’ils laissaient triompher l’injustice, ils ne tarderaient pas à connaître la plus dure épreuve de l’Histoire… Ni les nations, ni les hommes ne pourraient continuer à vivre dans leur liberté et leur indépendance. A ces effroyables périls, il n’y a plus qu’un remède : le courage… Pour nous Français, notre détermination est prise : nous combattrons sans trêve ni répit contre cette effroyable tyrannie pour le salut de la France, pour le saut de toutes les valeurs morales qui élèvent l’homme au-dessus de la brute ».

14 décembre

  • La Société des Nations exclut l’Union soviétique à la suite de son attaque de la Finlande.

18 décembre

  • Premier raid de bombardement de la Royal Air Force sur l’Allemagne.

21-25 décembre

  • L’armée finlandaise tient l’Armée Rouge en échec.

21 janvier 1940

  • Le général de Gaulle rédige un mémorandum « L’avènement de la force mécanique » qu’il adresse à 80 personnalités politiques et militaires pour les alerter sur l’urgence des décisions à prendre.

« Combien de guerres furent, à leur début, marqués par une surprise pour l’un, au moins, des belligérants !

A Crécy, la féodalité française, se heurtant en tumulte aux troupes régulières anglaises subit un désastre complet. En 1805, les Autrichiens et les Russes, en 1806, les Prussiens, confinés dans le formalisme des anciennes évolutions, sont tout à coup anéantis par les manœuvres rapides de la Grande Armée. En 1914, la bataille des frontières révèle soudain à notre infanterie la foudroyante puissance du feu. A l’origine de ces événements, il y eut toujours une erreur de prévision quant à l’efficacité des moyens : armement, effectifs, organisation, que le conflit allait mettre en œuvre.

Dans la guerre en cours, la stagnation des opérations terrestres sur le front franco-allemand n’a pas laissé d’étonner la plupart des esprits. Cette fois, la surprise ne provient pas de la manifestation subite de forces inattendues, mais, au contraire, de l’inertie montrée par des moyens dont on attendait l’activité. Cependant, il n’y a rien là qui ne fût inévitable.

En effet, dans les deux partis, l’essentiel des forces en présence est composé d’éléments sensiblement semblables à ce qu’ils étaient lors du dernier conflit, savoir : une infanterie nombreuse, portant ses armes à bras, destinée, dans l’offensive, à submerger le terrain en progressant à découvert ; une artillerie abondante, s’installant sur des positions sommairement abritées, pour tirer à la distance moyenne d’une dizaine de kilomètres sur un adversaire plus ou moins retranché ; enfin, des moyens de transport et de ravitaillement, trains de chemin de fer, camions, véhicules hippomobiles, tous faits pour circuler sur des itinéraires fixes ; au total, une armée fondée sur le nombre, à base d’hommes combattant à pied, liée aux routes qui la font vivre, dont les éléments peuvent s’abriter à condition d’être immobiles, mais sont infiniment vulnérables dès qu’ils bougent. Bref, à peu de choses près, le système dont Carnot et Napoléon avaient fait jaillir la manœuvre au temps où les fusils tiraient, à 150 mètres, deux coups par minute, et les canons, à 800 mètres, soixante boulets en une heure, mais qui a pratiquement perdu, dans l’enfer des batailles modernes, la capacité offensive.

A vrai dire, les événements de la guerre de 1914-1918 annonçaient déjà cette sorte d’impuissance du système des masses. Sitôt le front établi, de la Suisse à la mer du Nord, on avait vu, pendant quatre années, les plus fortes armées du monde se frapper l’une l’autre dans de furieuses batailles au prix de pertes immenses et de dépenses colossales de munitions, sans réussir à réaliser sur le terrain aucune avance appréciable. Sans doute, au printemps de 1918, grâce à l’avalanche des obus de gros calibre, les Allemands étaient-ils parvenus, vers Montdidier, Cassel et Château-Thierry, à pénétrer assez profondément dans les lignes britanniques ou françaises. Mais nulle part, leurs divisions d’artillerie et d’infanterie, n’avaient pu exploiter leur succès. Sans doute, pendant l’été et l’automne qui suivirent, Foch, disposant en fait de matériel d’une supériorité énorme, fit-il reculer l’ennemi. Mais cette progression, si lente qu’elle fut – 500 mètres en moyenne par jour – n’avait été possible que grâce à l’intervention d’engins entièrement nouveaux : les chars. Encore l’armistice survenait-il avant que l’armée allemande eût été décidément rompue. En somme, on devait constater une effrayante disproportion entre les pertes subies par la nation armée et les résultats tactiques, stratégiques, politiques, que ce système était susceptible de procurer.

Par la suite, les moyens qui sont apparus ou se sont développés tendent tous à réduire encore la capacité de manœuvre et d’attaque des masses. Outre que les armes automatiques et les canons ont sensiblement gagné en portée, en précision, en vitesse de tir, ce qui rend presque inconcevable la progression des hommes sous le feu, il a été construit par les Français et les Allemands, tout le long de leur frontière commune et aussi sur ses prolongements, des lignes continues et profondes d’organisations bétonnées et cuirassées, renforcées d’obstacles, sur lesquelles ni l’artillerie, ni, à plus forte raison, l’infanterie ne peuvent pratiquement rien. Enfin, l’aviation et les engins blindés possèdent, désormais, un tel potentiel de surprise et de destruction par rapports aux troupes, batteries, convois à découvert, que dans la bataille tout mouvement constitue pour ceux-ci un risque immédiat d’anéantissement. En réalité, et à moins d’une supériorité démesurée par rapport à l’ennemi, l’instrument militaire actuel n’a plus qu’une chance, savoir : la défensive. Il était par avance tout à fait certain que ni l’un, ni l’autre des adversaires en présence sur le front occidental n’entreprendrait de faire hacher sa population virile dans des assauts à la façon de Verdun. Cependant, en vertu de la loi de la nature suivant laquelle toue aptitude perdue par un organisme vivant est transférée à un autre, celle qui achève d’échapper aux masses devient l’apanage d’un système nouveau. Le moteur combattant restitue et multiplie les propriétés qui sont éternellement à la base de l’offensive. Agissant dans les trois dimensions, se déplaçant dans chacun des trois éléments plus vite qu’aucun être vivant, susceptible de porter des poids énormes sous forme d’armes ou de cuirasse, il occupe désormais un rang prépondérant dans l’échelle des valeurs guerrières et s’offre à renouveler l’art défaillant.

Non point, évidemment, que le char, l’avion, le cuirassé aient le privilège de l’invulnérabilité. L’invention humaine, à mesure qu’elle les perfectionne, découvre en même temps les moyens de les combattre. D’ailleurs, à leur action s’oppose celle du char, de l’avion, du cuirassé ennemis. Non point que les moteurs combattants puissent résoudre à eux seuls tous les problèmes des batailles. L’artillerie conserve la vertu de préparer, d’appuyer leur marche et de couvrir leurs arrêts. L’infanterie demeure capable de « nettoyer » et d’occuper. Mais c’est un fait que, par rapport aux autres armes, l’engin mécanique est intrinsèquement doté d’une puissance, d’une mobilité, d’une protection littéralement incomparables et que, par suite, il constitue l’élément essentiel de la manœuvre, de la surprise et de l’attaque. Il n’y a plus, dans la guerre moderne, d’entreprises active que par le moyen et à la mesure de la force mécanique.

Or, jusqu’à présent, aucun des adversaires n’a su ériger la force mécanique en un système conçu, équipé, organisé, de manière à prendre à son compte l’effort principal pour la victoire. Assurément, les deux parties disposent d’avions et de chars, mais e nombre si faible, d’une puissance si restreinte et soumis à des règles d’emploi si timides, qu’ils ne viendraient même pas à bout de rompre les organisations fortifiées ennemies. Chacun deux, au lieu de créer un instrument de guerre nouveau, s’est borné à intégrer dans le système pré-établi les moyens tout à fait différents que lui offre l’époque du moteur. Dès lors, ces moyens, s’ils permettent quelque activité épisodique et fragmentaire, ne procurent point la possibilité des grandes entreprises qu’il est, pourtant, dans leur nature de réaliser.

A cet égard, il est vrai, les Allemands se sont approchés d’une conception rationnelle de la guerre. C’est ainsi qu’ils entamèrent le conflit actuel avec une assez importante aviation d’attaque et plusieurs grandes unités cuirassées, dont l’action combinée leur permit de foudroyer en deux semaines la Pologne, grand Etat militaire de 35 millions d’habitats. Une action du même ordre peut, demain, les mettre à même de saisir, en Roumanie, en Suède, en Russie, en Asie Mineure, les territoires qui leur conviendraient. Mais les avions, en nombre insuffisants, les chars trop légers, que le Reich est actuellement capable de mettre en ligne, ne suffiraient pas à briser la résistance française appuyée aux ouvrages et obstacles de la ligne Maginot. Il y a, d’ailleurs, tout lieu de penser que le gouvernement de Hitler regrette amèrement aujourd’hui de n’avoir pas fait subit à son armée une transformation beaucoup plus profonde. Nul ne peut raisonnablement douter que si l’Allemagne avait, le 1er septembre dernier, disposé seulement de deux fois plus d’avions, d’un millier de chars de 100 tonnes, de trois mille de 50 ou 30 et de six mille de 20 ou 10, elle aurait écrasé la France.

Quant à nous, attachés plus solidement encore aux antiques conceptions, nous avons commencé la guerre avec 5 millions de soldats, mais une aviation tout juste embryonnaire et des chars très insuffisants en nombre et en puissance. Encore, cette force moderne était-elle construite, organisée, orientée, non point du tout pour frapper loin, vite et fort, mais au contraire pour n’agir qu’en fonction et à l’intérieur du système des masses. C’est ainsi qu’au point de vue aérien seuls comptaient nos appareils dits de chasse, c’est-à-dire de protection, et qu’en fait d’engins blindés nous ne disposions pratiquement que de chars légers, dont le principe impératif d’emploi consistait à les disperser par petites fractions dans les rangs de l’infanterie.

Il n’y avait donc, pour nous, aucune possibilité de prêter à nos alliés de l’Est quelque concours direct ou indirect que ce fût. Les mêmes institutions militaires qui, le 7 mars 1936, nous contraignaient à l’immobilité, qui, lors de l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne, nous frappaient d’inertie totale, qui, en septembre 1938, puis en mars 1939, nous imposaient d’abandonner les Tchèques, devaient fatalement nous contraindre, en septembre dernier, à assister de loin à la ruée allemande sur la Pologne sans pouvoir rien faire d’autre que suivre sur la carte les étapes victorieuses de l’ennemi.

A vrai dire, le système de la nation armée, qui par lui-même ne permet plus la stricte défensive, a pu, jusqu’au conflit présent, paraître justifier par l’argument d’une France pacifique, pour laquelle tout le problème de la guerre consisterait en la sauvegarde de son territoire. De fait, c’est là le but unique que les lois fondamentales de 1927 et de 1928 ont fixé à l’organisation militaire du pays. A condition de nous désintéresser de ce qu’il advient du reste du monde, il serait, a priori, concevable que nous bornions notre effort à faire front sur nos fortifications. En tenant immobile sous les armes notre population active, en enfouissant dans le béton la fortune entière de la France, en vidant de leurs habitants, afin de les protéger, nos villes et nos villages, en adoptant une fois pour toutes la stratégie qui consiste à subir les coups sans les rendre, peut-être parviendrions-nous, plus ou moins longtemps, à maintenir tel quel le tracé de nos frontières. Mais on ne peut douter que le résultat serait précaire.

En effet, si l’ennemi n’a pas su constituer déjà une force mécanique suffisante pour briser nos lignes de défense, tout commande de penser qu’il y travaille. Les succès éclatants qu’il a remporté en Pologne grâce aux moteurs combattants ne l’encouragent que trop à pousser largement et à fond dans la voie nouvelle. Or, il faut savoir que la position Maginot, quelques renforcements qu’elle ait reçus et qu’elle puisse recevoir, quelques quantités d’infanterie et d’artillerie qui l’occupent ou s’y appuient, est susceptible d’être franchie. C’est là, d’ailleurs, à la longue, le sort réservé à toutes les fortifications. 

Dans le cas particulier, il se trouve que le moyen d’attaque approprié existe virtuellement. La technique et l’industrie se trouvent, dès à présent, en mesure de construire des chars qui, employés par masse comme il se doit, seraient capables de surmonter nos défenses actives et passives. Ce n’est, pour ces engins, qu’affaire de blindage, d’armement, de capacité de franchissement, toutes aptitudes qu’il est aisé de leur donner moyennant un tonnage convenable.

Il y a là une transposition à la lutte des chars contre les forteresses des conditions du combat séculaire du canon contre la cuirasse. De même que, naguère, une voûte d’abri étant donnée, il apparaissait toujours un canon – fût-il de 420 – assez puissant pour la détruire, ainsi peut-on aujourd’hui fabriquer à volonté des chars propres à surmonter n’importe quelles organisations connues. Dans ce domaine, une masse d’engins blindés appuyée par une masse d’avions possède, au surplus par rapport à l’artillerie, l’immense avantage de pouvoir se concentrer, se déclencher, agir, dans des délais extrêmement courts et poursuivre la progression rapidement et profondément, alors qu’il faut aux canons beaucoup plus de temps pour leur mise en place, le transport de leurs munitions, l’exécution de leurs tirs. Encore ne peuvent-ils eux-mêmes exploiter l’effet des destructions qu’ils ont réalisés. Quant à se transporter ensuite, comme le font chars et avions, au-delà du dispositif ennemi, l’artillerie y est impuissante. Bref, la rupture des organisations fortifiées peut, du fait des moteurs combattants, revêtir un caractère de surprise, un rythme, des conséquences tactiques et stratégiques, sans aucun rapport avec les lentes opérations menées jadis en vertu du canon.

Il en résulte que le défenseur qui s’en tiendrait à la résistance sur place des éléments du type ancien serait voué au désastre. Pour briser la force mécanique, seule la force mécanique possède une efficacité certaine. La contre-attaque massive d’escadres aériennes et terrestres, dirigée contre un adversaire plus ou moins dissocié par le franchissement des ouvrages, voilà donc l’indispensable recours de la défensive moderne. Quand bien même nous aurions assigné à notre action militaire comme limite la plus avancée la frontière du territoire, la création d’un instrument de choc, de manœuvre et de vitesse s’imposerait absolument à nous.

Mais un tel désintéressement de ce qui se passe au-dehors serait-il concevable dans la guerre où nous sommes engagés ? L’activité de la force française fut, de tout temps, la condition nécessaire de l’équilibre de l’Europe. Si cet équilibre se trouve présentement rompu, la raison en est, évidemment, notre passivité. Que cette passivité persiste et rien n’empêcherait l’hégémonie ennemie de s’étendre toujours davantage. Sûrs de n’être pas enfoncés sur leurs positions Siegfried, les Allemands auraient, demain comme hier, la latitude de porter leurs efforts ailleurs. Mais comment le petit cap, que constitue au bout du Continent le territoire de notre patrie, sauvegarderait-il à la longue son intégrité en présence d’un conquérant qui se serait emparé de toutes ressources complétant les siennes ? Déjà l’asservissement de l’Autriche, de la Tchécoslovaquie, de la Pologne, a accru d’un tiers la puissance industrielle du Reich. En prenant sous sa dépendance la Hongrie, la Roumanie, l’Ukraine, l’Allemagne peut doubler ses ressources agricoles. Et, quant aux matières premières, presque toutes sont à sa portée : fer de Suède ; nickel en Norvège et en Finlande ; coton au Turkestan ; pétrole dans les Balkans, au Caucase, en Iran.

Dans le conflit présent, comme dans tous ceux qui l’ont précédé, être inerte c’est être battu. Pour nous mettre en mesure d’agir et non plus seulement de subir, il est nécessaire de créer un instrument militaire nouveau. La force mécanique, terrestre, aérienne et navale, nous permettrait de nous préserver des attaques éventuelles de l’Allemagne, de saisir à l’entour d’elle des places d’armes et des bases de départ, de l’expulser des régions qu’elle a ou qu’elle aura soumises, de la bloquer, de la bombarder, enfin d’enfoncer nos armes dans son corps par tous les côtés.

Au reste, l’inaction forcée du système des masses risque d’avoir, quant au moral de l’armée et de la nation, des conséquences dangereuses. Le maintien prolongé sous les armes de presque toute la population active du pays peut être accepté des citoyens lorsqu’ils en constatent la nécessité. Ainsi en fut-il sous la Révolution contre laquelle était coalisée l’Europe ou pendant la dernière guerre quand les Allemands étaient à Noyon. Alors, les masses avaient conscience d’être indispensables au salut de la patrie, ce dont les opérations leur donnaient constamment la preuve sanglante. Mais, dans la guerre présente, aucune preuve de ce genre – et pour cause – ne leur est administrée. Cinq millions de Français, jeunes et actifs, se trouvent depuis de longs mois – et pour combien de mois encore ? – militairement inutilisés dans des cantonnements ou dans des dépôts. L’obscur sentiment d’impuissance que le système actuel fait naître apparemment dans l’âme des chefs, puisqu’ils ne le mettent en action, ni d’un côté, ni de l’autre, commence à se répandre dans la nation armée elle-même. Pour dire vrai, certains mobilisés nient déjà que, sous les armes, ils fassent œuvre utile, beaucoup se demandent s’il y a proportion entre l’avantage que comporte leur présence dans les rangs et l’inconvénient qui résulte de leur déracinement ; tous sont en proie à l’ennui. Certes, la sagesse du Commandement pallie, autant que possible, cette usure de la bonne volonté. En occupant les troupes par des travaux et exercices, en veillant à leur bien-être et à leur distraction, en leur rappelant périodiquement la menace d’une offensive ennemie, en leur donnant des permissions, on s’efforce de maintenir leur patience. Mais il ne faut pas compter qu’on y parvienne indéfiniment. Dans son principe même, la levée en masse correspond à de grands chocs, d’immédiates menaces, de brutales nécessités. Nul doute que si le régime actuel n’était pas bientôt radicalement changé, nous nous verrions, soit acculés à des entreprises sans espoir pour justifier la mobilisation, soit exposé à un grave affaissement du moral dans l’armée et dans le pays.

Au surplus, il apparaît déjà que la guerre moderne, en tant qu’elle est la guerre « totale », ne peut s’accommoder du maintien permanent sous les armes du plus grand nombre des citoyens actifs. Aucun peuple aujourd’hui ne saurait mener longtemps la lutte sans une vaste extension de son activité économique. Les fabrications d’armement, les industries extractives, les transports, les travaux de défense passive, atteignent et doivent atteindre un rendement colossal. Encore faut-il au moins maintenir, sinon développer, la production agricole, car un effort accru implique une alimentation meilleure. D’ailleurs, il n’est pas possible de laisser mourir une foule d’industries nécessaires aux besoins élémentaires de la population, ni de renoncer aux échanges avec l’Empire. Enfin, d’immenses quantités de matières premières, d’armes, de produits fabriqués, doivent être achetés à l’étranger. Or, le crédit est mort et les réserves d’or ne sont pas inépuisables, à supposer que les Etats fournisseurs acceptent longtemps encore d’être payés en métal jaune. Voilà donc qu’il faut, coûte que coûte, exporter plus que jamais. Bref, à mesure que les jours passent, se font sentir à l’intérieur du pays des besoins de plus en plus pressants en techniciens et en main d’œuvre. La mobilisation était à peine achevée que, déjà, commençait le reflux des hommes du front. Qu’on le veuille ou non, ce mouvement n’est qu’à son début. Jadis la guerre des nations armées exigeait la masse au combat. Aujourd’hui la guerre totale exige la masse au travail.

Ainsi la lutte dans laquelle nous sommes engagés implique une réforme profonde de notre système militaire. L’activité étant la condition de la victoire et la force mécanique constituant désormais, dans l’ensemble des moyens l’élément essentiellement actif, c’est cette force qu’il faut, avant tout, créer, organiser, employer. Corrélativement, les effectifs mobilisés ne sont à conserver au front que dans la mesure compatible avec les nécessités du développement économique requis. Il s’agit de réaliser un instrument de manœuvre, de puissance et de vitesse qui constituera le facteur principal, le critérium de notre action et que les éléments subsistants du système ancien auront à seconder suivant leurs aptitudes, bien loin de le plier à leurs propres possibilités.

Une telle réforme exige, d’abord, un très vaste effort de fabrication. Du moment où nous déciderions de changer par la force mécanique le caractère de la guerre, l’étendue et le rythme des constructions qui s’y rapportent devraient être modifiés du tout au tout. A vrai dire, la force des choses se charge déjà de nous y pousser. Parmi les dépenses d’armement, la proportion de celles qui concernent les avions et les chars marque, de mois e mois, une ascension vertigineuse. Mais au lieu de nous laisser peu à peu et comme par contrainte entraîner vers les sommets, il convient de viser tout de suite et délibérément à atteindre le maximum. L’activité industrielle des Empires français et britannique devra être multipliée à cet égard et, surtout, le concours américain obtenu dans des conditions d’ampleur et de hâte sans rapport aucun avec celui se fait. On doit, bien entendu, en dire autant de l’effort scientifique et technique, l’invention et l’expérimentation. La timidité constatée à ce point de vue dans notre peuple qui, naguère, inventa l’avion, le char, le cuirassé, n’est pas la moins fâcheuse conséquence d’institutions militaires qui découragent l’esprit du temps de souffler à leur profit.

Tandis que le principal effort de la technique et des fabrications se porterait systématiquement sur le matériel des formations modernes, celles-ci devraient avoir aussi la priorité absolue dans le choix du personnel. La complexité des engins, leur coût presque exorbitant, leur extrême importance relative, les conditions de leur emploi, exigent qu’ils soient servis et commandés par les meilleurs. Modifiant de fond en comble les errements jusqu’à présent en vigueur, tout ce que le pays compte de plus ardent, de plus fort, de plus pur, est à incorporer d’office dans la force mécanique française. Et, de cette élite, il faudra savoir tirer, par l’émulation, l’amour-propre et l’honneur, les exploits collectifs à quoi se prêteront merveilleusement ces armes. Il y a –  oui, certainement – à susciter en elles l’esprit sportif de guerre, dont déjà certains hauts faits d’équipes nous font pressentir qu’il est prêt à s’embraser. En tout temps, l’art de la guerre transforma en puissance de combat les tendances dominantes du siècle. Les grandes victoires de notre époque, passionnée de matches et de machines, seront sans nul doute remportées par moteurs et par champions.

Cependant, il ne suffirait pas d’aligner en fils innombrables les engins puissants et rapides, ni de former, pour les servir, des équipages de premier ordre. Rien d’essentiel ne sera fait tant que la force mécanique n’existera pas par elle-même et ne sera pas organisée en vue de buts décisifs à atteindre par son action propre. Comme l’élément de toute entreprise autonome est la grande unité, c’est en grandes unités, dotées de tous les moyens voulus pour mener de bout en bout leur manœuvre, qu’il est nécessaire de l’articuler. Cette condition, déjà réalisée pour ce qui concerne la flotte, ne l’est, dans l’aviation, que d’une manière très embryonnaire et, autant vaut dire pas du tout, pour les formations terrestres. Assurément, nous disposons, ou allons disposer, de quelques divisions mécaniques, les unes dites « légères », les autres « cuirassées ». Mais elles ne sont faites que pour soutenir et compléter localement les unités de masse de type ancien.

Or, il s’agit, bien au contraire, non seulement de les multiplier, mais encore de les constituer en vue de l’autonomie, de manière à les affranchir des délais prolongés, du rythme lent, de la faible portée à quoi se trouve astreinte les autres éléments. Sur terre, des divisions de ligne et des divisions légères, chacune pourvues de chars suffisamment nombreux et puissants, d’assez d’infanterie blindée, d’assez d’artillerie protégée, pour soutenir elle-même son combat, équipée de tous les moyens de brèche ou de passage nécessaire pour surmonter les obstacles que lui opposeront l’adversaire et le terrain, dotée de véhicules spéciaux qui la délieront des routes pour ses transports et ses ravitaillements. En l’air, des divisions d’assaut capables, au cours de la bataille, à la fois de se tailler leur place dans le ciel et d’en fondre pour assaillir l’ennemi du sol ou sur la mer et des divisions d’attaque lointaine destinées à la destruction des objectifs d’ordre économique. La réunion de ces grandes unités en corps terrestres ou aériens permettrait les larges ruptures, les manœuvres à grande envergure, les exploitations profondes, qui constituent la tactique des formations mécaniques à condition qu’elles soient concentrées.

Enfin, par combinaison des éléments modernes, sur terre, sur mer et dans l’air, naîtrait une stratégie nouvelle assez étendue dans l’espace et assez rapide dans le temps pour être à l’échelle de leurs possibilités. Nul doute, d’ailleurs, que cette extension du rayon d’action de la force doive entraîner un vaste élargissement des théâtres d’opération et, par suite, de profonds changements dans la conduite politique du conflit. Le développement de la guerre mécanique, allant de pair avec celui de la guerre économique, impliquera la mise en activité de secteurs actuellement passifs sur la carte du monde. Mais c’est là une conséquence inévitable de l’évolution. Le tout est d’en tirer parti au profit de notre camp, au lieu d’en abandonner le bénéfice à l’ennemi.

A aucun prix, le peuple français ne doit céder à l’illusion que l’immobilité militaire actuelle serait conforme au caractère de la guerre en cours. Le moteur confère aux moyens de destruction modernes une puissance, une vitesse, un rayon d’action, tels que le conflit présent sera ; tôt ou tard, marqué par des mouvements, des surprises, des irruptions, des poursuites, dont l’ampleur et la rapidité dépasseront infiniment celles des plus fulgurants événements du passé. Beaucoup de signes annoncent déjà ce déchaînement des forces nouvelles. Tandis que les « masses » française, allemande, anglaise, russe, etc. soit au total 20 millions d’hommes, se trouvent mobilisées depuis cinq mois sans avoir nulle part et à aucun moment rien accomplir de positif, on a vu la ruée des chars et l’assaut des avions anéantir en deux semaines une bonne armée de 1 200 000 soldats ; on a vu maintes machines volantes faire planer la mort d’un bout à l’autre des grands pays belligérants ; on a vu des navires agir sur toute l’étendue des mers ; on a vu l’opinion publique de l’Ancien et du Nouveau Monde s’intéresser passionnément aux manifestations de la force mécanique, parce qu’elle y sent d’instinct, l’essentiel de la puissance des armes.

Ne nous y trompons pas ! Le conflit qui est commencé pourrait bien être le plus étendu, le plus complexe, le plus violent, de tous ceux qui ravagèrent la terre. La crise, politique, économique, sociale, morale, dont il est issu revêt une telle profondeur et présente un tel caractère d’ubiquité qu’elle aboutira fatalement à un bouleversement complet de la situation des peuples et de la structure des Etats. Or, l’obscure harmonie des choses procure à cette révolution un instrument militaire – exactement proportionné à ses colossales dimensions. Il est grand temps que la France en tire les conclusions. Comme toujours, c’est du creuset des batailles que sortira l’ordre nouveau et il sera finalement rendu à chaque nation suivant les œuvres de ses armes. »

8 février 1940

  • Le général de Gaulle adresse une lettre à Lucien Nachin :

«… Rien n’est dramatique, humainement parlant, comme cette guerre où l’honneur et l’instinct nous ont fait entrer et que nous ne nous décidons pas, au fond, à faire réellement ».

21 février 1940

  • Lettre du colonel de Gaulle à Paul Reynaud

« Monsieur le Ministre,

S’il est vrai que nous prîmes les armes pour empêcher l’Allemagne d’établir son hégémonie en Europe Centrale, Balkanique, Nordique et Orientale, nous n’y avons point réussi, sans d’ailleurs l’avoir tenté. Cette hégémonie est, d’ores et déjà, virtuellement réalisée, sous telle forme ici, sous telle autre là. Il ne reste aux modernes conquérants que quelques formalités à remplir : achever d’obtenir par la crainte les résignations nécessaires, compléter divers accords politiques et économiques.

On peut donc dire que la guerre est perdue. Mais il est encore temps d’en gagner une autre. Cette autre guerre pourrait défaire ce que l’ennemi vient de réaliser dans la première. La condition « sine qua non » serait, par un immense effort, de substituer d’extrême urgence, des moyens et un système d’activité à nos moyens et à notre système de passivité !

Si nous y manquions, le monde et, d’abord, notre pays, s’habitueraient peu à peu à l’ordre nouveau qu’Hitler est en train de fonder dans la plus grande partie de l’Europe. Il deviendrait chaque jour moins concevable que nous nous levions jamais pour marcher à l’ennemi. Quelque jour, la paix qu’Hitler nous suggère sur la base des faits accomplis nous paraîtrait l’unique solution. Après quoi, nous serions mûrs pour l’abaissement, l’isolement et l’écrasement.

Mais si nous consentions à voir clair et à agir en conséquence, tout pourrait être sauvé et réparé, car la flamme n’attend pour s’élever que des aliments.

Je vous prie de bien vouloir accepter, Monsieur le Ministre, l’expression de mes sentiments très respectueux et dévoués. »

21 mars 1940

  • Paul Reynaud devient président du conseil et succède à Paul Ramadier.

22 mars 1940

  • Présentation du cabinet Reynaud devant les chambres. Lecture de la déclaration ministérielle : « La France est engagée dans la guerre totale… Par le fait même, l’enjeu de cette guerre totale est un enjeu total. Vaincre c’est tout sauver. Succomber, c’est perdre tout. Vote de confiance à la Chambre des Députés par 268 voix contre 156 et 111 abstentions.
  • Le colonel de Gaulle assiste à la séance à la Chambre des députés :

« Appelé à Paris par le nouveau Président du Conseil, je rédigeai, à sa demande, une déclaration nette et brève qu’il adopta telle quelle pour la lire au Parlement. Puis, tandis que, déjà, les intrigues bruissaient dans les coulisses, je fus au palais Bourbon assister d’une tribune à la séance de présentation.

Celle-ci fut affreuse. Après la déclaration du gouvernement, lue par son chef devant une Chambre sceptique et morne, on n’entendit guère, dans le débat, que des porte-parole des groupes ou des hommes qui s’estimaient lésés dans la combinaison. Le danger couru par la patrie, la nécessité de l’effort national concours du monde libre, n’étaient évoqués que pour décorer les prétentions et les rancœurs. Seul, Léon Blum, à qui pourtant, nulle place n’avait été offerte, parla avec élévation. Grâce à lui, M. Paul Reynaud l’emporta, quoique d’extrême justesse. Le ministère obtint la confiance à une voix de majorité. « Encore, devait me dire plus tard M. Herriot, Président de la Chambre, je ne suis pas très sûr qu’il l’ait eue ».

28 mars 1940

  • Signature à Londres entre la France et la Grande-Bretagne d’une déclaration par laquelle les deux États s’engagent à ne pas négocier ni conclure d’armistice ou de paix séparée.

26 avril 1940

  • Le colonel de Gaulle est affecté au commandement par intérim de la 4e division cuirassée.

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