Hommage à Denis Tillinac, membre de la Convention de la Fondation Charles de Gaulle

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L’écrivain et éditeur Denis Tillinac est mort le à l’âge de 73 ans dans la nuit du vendredi 25 au samedi 26 septembre 2020. La Fondation Charles de Gaulle adresse à sa famille et à ses proches ses plus sincères condoléances. Le président de la Fondation Hervé Gaymard et le président d’honneur Jacques Godfrain lui rendent hommage ce matin.

Les obsèques officielles auront lieu à Auriac (département de la Corrèze) le mercredi 30 septembre 2020 à 10h30 et une messe sera célébrée en l’église Saint-François-Xavier à Paris le vendredi 2 octobre 2020 à 18h45.

« L’AMI, L’ÉCRIVAIN »

Par Hervé Gaymard,
Président de la Fondation Charles de Gaulle

C’était à Uzerche, il y a plus de trente ans, que je rencontrai pour la première fois Denis Tillinac, à la veille d’une présidentielle perdue, sur le champ de foire que Jacques Chirac parcourait alors méticuleusement avec un mot pour chacun. J’étais là par hasard. C’est Didier Houguet, alors sous-préfet, grand écrivain méconnu, à l’œuvre toujours inédite, qui fit les présentations. Ce jour-là nous ne parlâmes que littérature, et nous sentîmes tout de suite que notre gamme de goûts s’accordait. Le reste n’avait pas vraiment d’importance.

C’est bien des années plus tard que je le retrouvai, dans le grand bain de la politique à la veille d’une autre présidentielle perdue que Jacques Chirac allait pourtant gagner. Il n’y avait pas foule, mais il était là. Peut-être aimions nous cette orgueilleuse fidèle solitude. Il se démenait pour mobiliser dans son réseau d’amitiés d’improbables soutiens. Et dans nos bureaux de Saint-Germain des Prés, entre deux verres au Danton, il traduisait inlassablement en français la prose technocratique que produisaient quelques experts demeurés valeureux. Et depuis, malgré les tours et détours de la vie politique, notre amitié, si elle s’était parfois espacée, jamais ne s’était distendue.

L’amitié est une œuvre. Et il en a fait le chef d’œuvre de sa vie. Aujourd’hui, partout en France et dans le monde, notamment en Afrique, des femmes et des hommes le pleurent. Mais ces larmes sont étincelées, car chacun se souvient de sa tendresse, de ses emportements, des longues soirées à refaire le monde, de la fumée de sa clope qui nous indisposait, de son sourire canaille, de sa voix râpeuse qui lâchait à la dérobée des bons mots, mais toujours sans méchanceté. Cet archipel d’amitiés, qu’il était le seul à connaître dans ses méandres et sa diversité, mêlait les opinions, les origines, et les générations sous le signe d’une simple humanité.

De sa Corrèze granitique, pauvre et belle, il avait puisé trois lignes de force qui fonderont sa vie. La foi catholique. L’assomption de la France. Charles de Gaulle. Il nous disait avoir la foi du charbonnier de l’Église de nos pères, être mû par un patriotisme élémentaire, et avoir été saisi par la geste gaullienne. Mais il était aussi capable de soutenir une conversation théologique et philosophique érudite. Il connaissait l’histoire et la géographie de la France comme personne. Et son gaullisme était une religion civile venue du fond de notre âme nationale. Mais ces racines profondes n’étaient pas des enfermements. Il détestait les rigoristes. Comme Bernanos, c’est par ces fidélités qu’il pouvait être libre. Et c’est ainsi que nous l’aimions, même quand il nous agaçait parfois, par ses provocations malicieuses.

Cet ami était un écrivain. Et comme il était aussi un personnage, devenu très présent sur la scène publique, peut-être son œuvre littéraire s’en est-elle trouvée voilée. Il avait du style, remarqué depuis son premier roman, Le bonheur à Souillac. Ce n’est pas si fréquent. Sa capacité d’écriture était prodigieuse, sans jamais tirer à la ligne comme les feuilletonistes du XIXe siècle. Il s’était essayé à tous les genres, avec un formidable appétit. Nous parlions souvent du roman. Il estimait que c’était, avec la poésie, l’aboutissement formel de la littérature. Je lui rétorquais que les chroniques, les mémoires, ou les « machins » comme disait Malraux, en étaient tout autant dignes. Et que son Mystère Simenon était son meilleur roman. Il en avait bien ri, et me le rappelait parfois. L’ami restera dans nos cœurs et dans la fidélité de notre regret. Et l’écrivain commence désormais une nouvelle vie.

HOMMAGE À DENIS TILLINAC

Par Jacques Godfrain,
Président d’honneur de la Fondation Charles de Gaulle

Denis, nous devions dîner avec des amis dans quelques jours. Tu t’es décommandé brutalement, sans un mot d’explication, nous ne t’en voulons pas, c’était pour la bonne cause : Jacques Chirac ne voulait pas célébrer l’anniversaire de son propre départ tout seul. Parmi celles et ceux qui l’aimaient, si nombreux, il t’a choisi pour le rejoindre. Et tu n’as pas hésité à lui dire oui, comme toujours, tout comme lui-même n’hésitait pas à écouter ton avis. Tu as rejoint le grand Jacques, il n’était pas question de lui refuser !

On a voulu te classer parce que tu parlais de cheminées de villages, de tête de veau, de vins robustes, des modes de vie de nos grands-parents, des soirées de contes et d’histoires familiales dans la salle commune de nos fermes.  Alors on t’a dit de droite, réactionnaire, comme si parler de « vivre et travailler au pays », cet ancien slogan de la gauche rurale, était devenu soudainement « réac » !

Comme si manier la langue française était devenu la « marque » du conservatisme, comme le fer rouge sur le cuir du bétail corrézien.

En fait ta pensée est à contre-courant de toutes les idées préconçues.

Toi, correspondant de la Dépêche du Midi, tu deviens l’ami et le confident d’un Président à la fausse réputation d’inculte à connotation de droite, dont on découvre petit à petit l’immense culture, donc l’immense tolérance. La tienne non plus n’a jamais pu être prise en défaut. De mémoire d’homme, qui peut affirmer t’avoir entendu dire du mal de quelqu’un ? Personne.

Toi, un des mousquetaires du Général, tu parles de De Gaulle avec tellement de sentiments, de respect et d’admiration, que tu l’unis à la France dans un même personnage. Pour toi aussi il était notre raison d’être.

Tu as été le confesseur laïc de tellement de personnes qui, en te délivrant leurs confidences, savaient qu’elles ne sortiraient pas de ta bouche tellement le goût du secret paysan est le tien. Tu vas dire à Jacques Chirac, cachés tous les deux entre les nuages, combien les terriens sont rudes au travail, à l’engagement, à la loyauté.  Vous deux savez qui sont les amis sincères et où sont les opportunistes. Qu’importe, de là où vous êtes, c’est l’humanité entière qui vous concerne dorénavant, et plus nos minuscules querelles d’enfants gâtés.

Tu as donné aux passes des frères Boniface, des allures de rugby de légende. Rien que pour t’entendre encore nous raconter Brive contre Dax, Mont-de-Marsan contre Agen, Denis, envoie-nous un signe qui nous fasse oublier que tu as fini ton match avant les prolongations.

Serons-nous à la hauteur de l’idée que tu te fais des hommes ? Certainement, si tu nous envoies un peu du talent, de la beauté, du panache de ton écriture, comme la magnifique tolérance de ta vision du monde terrestre.

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