Grand débat – Diminuer les émissions de CO2 et développer notre industrie : deux objectifs qui tirent dans le même sens.

Cet article a été publié sur ce site : http://republiquemoderne.fr/2019/01/30/grand-debat-contribution-sur-la-transition-energetique/
Contribution – La crise des Gilets Jaunes, en mettant l’accent sur le coût de l’énergie, porte ouvertement sur la manière d’assurer la transition énergétique dans notre pays. Dans le cadre du grand débat, voici la contribution de Gérard Pierre, Professeur de physique émérite, membre de République Moderne.

Le Président de la République a souhaité que s’ouvre dans notre pays un grand débat afin de bâtir un nouveau contrat pour la Nation. La transition énergétique est le thème sur lequel je souhaite m’exprimer. C’est un sujet sur lequel j’ai travaillé durant de nombreuses années et pour lequel j’ai acquis, en tant que professeur d’université et par mes travaux, une certaine compétence.

De rapport en rapport, le GIEC alerte la population mondiale et ses dirigeants sur les dangers d’un changement climatique trop important. Malgré cela, les émissions mondiales de CO2 sont en augmentation. De ce fait, le GIEC propose d’avoir recours à l’énergie nucléaire.

Notre pays est l’un des pays développés qui émettent le moins de CO2 par habitant. Son électricité est produite pratiquement sans émission de CO2 grâce au nucléaire et à l’hydraulique. Cependant, en raison de politiques énergétiques jusque-là aberrantes, nos émissions augmentent :

 

année 2014 2015 2016 2017 Objectif 2023
CO2 en Mt 303,9 312,1 310,9 313,4 254

Emission en millions de tonnes de CO2 en France métropolitaine.

 

Votée en 2015, la LTECV (Loi de Transition Energétique pour la Croissance Verte) propose bien de diminuer les émissions de CO2. Cette loi, en limitant la production du nucléaire à 63,2 GW et sa capacité de production à 50 %, va nécessairement les faire augmenter. Comme en Allemagne, cela fera monter le prix de l’électricité. Il est clair qu’avec ce choix notre pays ne pourra pas satisfaire son objectif d’émission de CO2 à 254 millions de tonnes en 2023.

Dans le cas de notre pays, ce ne sont pas sur les moyens de produire de l’électricité décarbonée qu’il faut agir. Elle l’est déjà. Il faut agir sur l’extension de ses usages dans les secteurs où elle permettra de vraiment diminuer les émissions de CO2 soit pour l’essentiel le transport et l’habitat. Seul ce choix de bon sens permettra de satisfaire nos engagements internationaux de diminution d’émission de CO2, et de ne pas accroître notre déficit commercial.

Rappelons :

  • que nous exportons entre 2 et 3 milliards d’euros d’électricité quand nous importons seulement, suivant les années, entre 400 et 800 millions d’uranium, ce qui fait que l’actuelle production d’électricité nous laisse un excédent commercial (nous importons pour quelque 60 milliards d’euros de produit pétrolier par an) ;
  • que la filière nucléaire est la troisième filière industrielle de notre pays. Arrêter son développement serait à coup sûr l’entraîner vers sa fin à un moment où notre pays cherche à développer son industrie et où le monde doit trouver des moyens de contrer le réchauffement climatique ;
  • que pour éviter une situation de quasi « black-out » similaire à celle du 10 janvier 2019[1], où RTE a dû demander à des consommateurs industriels de limiter leur consommation, il est nécessaire de disposer d’une capacité de production disponible supérieure ou au moins égale à la demande. Cette situation doit nous interpeller. L’hiver n’est pas fini… Les questions de la fermeture de certaines centrales et de la construction de nouvelles unités doivent donc être rediscutées en relation avec les besoins du pays ;
  • qu’en Europe la situation est ou sera également difficile. L’Allemagne, d’où nous importons de l’électricité en période de pointe de consommation, vient d’indiquer qu’elle sera, à cause de la fermeture de ses dernières centrales nucléaires, elle aussi en difficulté à partir de 2021. C’est donc toute l’Europe qui est touchée par ce déficit de production.
  • que pour les transports, le développement de la voiture électrique est indispensable. Il faut urgemment s’interroger sur les retombées écologiques de la fabrication des batteries qui demande beaucoup d’électricité. Fabriquer les batteries en France où la production d’électricité est décarbonée présente donc un intérêt certain. Notre pays doit impérativement se doter d’une grande industrie de fabrication de batteries et des moyens de production d’électricité pour satisfaire cette fabrication.

La Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) vient d’être diffusée. Elle s’arrête à mi-chemin : elle retarde certes la date de la baisse de la part du nucléaire dans la production de notre énergie (2035 au lieu de 2025) mais adopte une attitude craintive devant les possibilités ouvertes à la France de produire plus d’électricité. C’est au contraire une chance à utiliser pour relancer notre industrie. La loi qui sera présentée avant l’été doit intégrer cet impératif et ne pas s’en tenir à une vision frileuse. Participer à la baisse des émissions de CO2 et développer notre industrie sont deux objectifs qui tirent dans le même sens. Une chance pour la France.

 

Gérard PIERRE

Professeur de physique émérite à l’Université de Bourgogne.

Responsable du module « Développement Durable » à l’Ecole d’ingénieur ESIREM.

Membre de République Moderne

 

[1] https://www.cre.fr/Actualites/RTE-fait-appel-aux-industriels-interruptibles-pour-maintenir-l-equilibre-du-systeme-electrique

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