« Charles de Gaulle à l’Hôtel de Ville, 25 août 1944 », par René Brouillet

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CHARLES DE GAULLE À L’HÔTEL DE VILLE, 25 AOÛT 1944

Témoignage de René Brouillet

Extrait de la revue Espoir n°60, septembre 1987

Résistant et collaborateur de Georges Bidault, René Brouillet fut membre du Conseil national de la Résistance, il devint directeur de cabinet du général de Gaulle à la Libération.

[…] Le sentiment qui « en ce jour tant espéré, tant attendu » – ce sont les expressions du général de Gaulle – emplissait le cœur de mon chef d’alors, Georges Bidault, n’était, en aucune façon l’amertume. « Enfin, je le cite, le rêve s’incarnait ». Ce moment où, en sa qualité de président du Conseil national de la Résistance, il lui a appartenu de saluer le général de Gaulle arrivait à l’Hôtel de Ville, Georges Bidault l’a cru alors, je le cite encore, « le sommet de sa vie ».

Et, par la voix de Charles de Gaulle répondant à Georges Marrane et à Georges Bidault, s’exprimait la même ferveur. Je cite à présent le général de Gaulle lui-même : « Et pourquoi tenterions-nous de cacher notre émotion ? Il y a des minutes qui dépassent chacune de nos pauvres vies ».

Charles de Gaulle est ensuite convié par Georges Bidault à « proclamer la République ». Georges Bidault était, vous le savez, un professeur d’histoire et le souvenir des événements du balcon de l’Hôtel de Ville de 1870, de 1848, sans parler de 1830, était – il est bien vrai – présent dans son esprit. Répondant à cette invitation, Charles de Gaulle n’a pas « usé d’une voix cassante ». Il n’a pas tranché d’une phrase « comme d’un couperet », expression venue plus tard sous la plume d’un historien comme Robert Aron. Il n’a pas « toisé d’un regard glacial », formule d’un autre chroniqueur, le président du CNR. Il ne lui a pas « asséné » de refus.

En réponse à la demande formulée « au milieu du brouhaha, pratiquement en tête à tête » – je cite Georges Bidault – Charles de Gaulle n’a fait rien d’autre qu’user des mêmes termes que l’ordonnance d’Alger du GPRF du 9 août précédent, en l’article 1er de ladite ordonnance : « La forme du gouvernement de la France est et demeure la République. En droit, celle-ci n’a jamais cessé d’exister ».

Le Général, par conséquent, s’est borné à écarter, sans le moindre ton polémique, la demande qui lui avait été faite par Georges Bidault et celui-ci qui, à ma connaissance, n’avait aucunement dans sa poche de proclamation que Charles de Gaulle eût été appelé à lire du balcon de l’Hôtel de Ville, n’a fait que prendre acte de cette réponse du Général, sans lui en tenir, à ce moment-là, le moindre grief.

Dix-huit jours après, dans la même ferveur, dans le même esprit, même si « déjà – comme le note plus tard le Général dans les Mémoires de guerre – s’élèvent des vols de chimères » c’est la réunion du Palais de Chaillot organisée à l’initiative du Conseil national de la Résistance, lequel, dans l’intervalle, fini « le temps des chambres de bonnes et des auberges de banlieue » s’est vu attribuer pour siège, à quelques pas de l’Hôtel Matignon, l’un des plus prestigieux hôtels particuliers de la rue de Varenne, jusqu’alors occupé par une partie des services du ministère de l’Intérieur de Vichy.

Lors de cette réunion de Chaillot, en présence du Gouvernement, du Conseil national de la Résistance,  des membres arrivés à Paris de l’Assemblée consultative provisoire, en présence du Comité parisien de Libération, des Comités directeurs des mouvements et des réseaux de Résistance, des corps de l’État, de l’Université de Paris, des représentants de l’économie, du syndicalisme, du barreau, de la presse, Charles de Gaulle répond à « l’éloquente allocution » – ce sont les termes dont il use dans ses Mémoires – de Georges Bidault, lequel vient d’appeler de ses vœux « la Révolution par la Loi ».

L’homme du 18 juin rend hommage au Conseil national de la Résistance « qui s’inspira et coordonna sur place, au prix de quels périls et de quelles pertes l’action menée contre l’ennemi et contre l’usurpateur » et lui exprime les remerciements du Gouvernement et du pays tout entier.

Ce jour-là aussi, Charles de Gaulle célèbre, il exalte cette « extraordinaire unanimité nationale » qui, au milieu des épreuves s’est formée dans notre peuple… force immense à laquelle en appelle, pour remplir sa mission au service du pays le Gouvernement de la République, ce gouvernement, le premier de la France libérée, constitué quelques jours auparavant, avec parmi ses membres Jules Jeanneney, Georges Bidault, Adrien Tixier, François Billoux et que Charles de Gaulle précisément a choisi d’intituler « gouvernement d’unanimité nationale ». Pour avoir vécu cette période, ce que je tiens à redire, c’est à quel point prévalait alors dans l’esprit, dans le cœur du plus grand nombre des Français, cette notion, cette sensation d’unanimité. […]

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